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Mort de George Floyd: les manifestations violentes continuent malgré le couvre-feu

La colère ne redescend pas aux États-Unis après la mort d’un Afro-Américain lundi lors de son arrestation par la police. Malgré le couvre-feu, les violences se sont poursuivies dans la nuit du samedi 30 au dimanche 31 mai à Minneapolis et se sont propagées dans plusieurs villes du pays



À Minneapolis, la nuit a encore été tendue. Des manifestants ont défié le couvre-feu entré en vigueur à 20h samedi soir. Des policiers en tenue anti-émeutes ont chargé, tirant des gaz lacrymogènes et des grenades assourdissantes. Depuis vendredi, cette ville du Minnesota, dans le nord-est des États-Unis, est le théâtre de violentes manifestations de colère.
Les manifestations se propagent dans le pays
Les manifestants réclament justice pour George Floyd, cet Afro-Américain de 46 ans tué lundi par lors de son arrestation par la police, dénonçant les bavures policières et les discriminations raciales. Des manifestations qui ont gagné plusieurs villes du pays. À Washington, Seattle ou Dallas, des foules se sont rassemblées.
Des heurts ont eu lieu entre police et manifestants à New York, Los Angeles, Atlanta, Chicago ou encore Miami, ce qui a conduit les autorités locales à mettre en place un couvre-feu pour empêcher qu’elles dégénèrent en émeutes comme à Minneapolis.
Des policiers en tenues anti-émeutes à Minneapolis, samedi 30 mai.
Des policiers en tenues anti-émeutes à Minneapolis, samedi 30 mai. REUTERS/Leah Millis
À New York, plus de 200 personnes ont été arrêtées après de violents incidents ayant fait plusieurs blessés au sein des forces de l'ordre. Un cocktail Molotov a été lancé à l'intérieur d'une voiture de police qui était occupée, sans faire de victimes. À Atlanta, des véhicules de patrouille de la police ont été brûlés. À Los Angeles, cinq policiers ont été blessés et plusieurs centaines de personnes arrêtées lorsqu'une manifestation pacifique qui a dégénéré, avec là aussi des commerces incendiés et des pillages.
C'est un symbole: le couvre-feu a été décrété dans plus de 25 communes, ce qui n’était pas arrivé aux États-Unis depuis 1968 et l’assassinat d’un certain Martin Luther King. Soixante ans plus tard, rien n’a changé, les Afro-Américains sont toujours discriminés.
On déplore un mort et trois blessés à Indianapolis après qu’un homme a tiré dans la foule. Dans l’ensemble du pays, au moins 1 500 arrestations en l’espace de 24 heures.
Donald Trump promet de « stopper la violence collective »
Donald Trump a une nouvelle fois réagi aux émeutes de ces derniers jours parlant de la mort de George Floyd comme d’une « tragédie ». Qualifiant les protestataires de pilleurs et d’anarchistes, le président a promis de « stopper la violence collective ». « La mémoire de George Floyd est déshonorée par des émeutiers, des pilleurs et des anarchistes, a-t-il lancé. La violence et le vandalisme sont l’œuvre d’Antifas [Antifascistes, ndlr] et autres groupes d’extrême gauche qui terrorisent les innocents, détruisent des emplois et des commerces et incendient des bâtiments. Aujourd’hui, les États-Unis ont besoin de création et non de destruction. Besoin de sécurité et pas de chaos. Et il n’y aura pas de chaos ! Nous soutenons la vaste majorité des policiers qui sont remarquables et dévoués au service du public. Nos villes sont sûres grâces à eux. Ils nous protègent des gangs et de la drogue et risquent leur vie pour nous chaque jour. »
Dans un communiqué, le candidat démocrate à la présidentielle a condamné les violences. « Manifester contre une telle brutalité est un droit et une nécessité. C'est une réaction éminemment américaine », a-t-il déclaré dans un communiqué. « Mais mettre le feu à des villes et la destruction gratuite ne l'est pas. La violence qui met en danger des vies ne l'est pas », a-t-il affirmé. 
Le gouverneur du Minnesota, Tim Walz, a lui aussi dénoncé des éléments extérieurs à sa ville. La situation à Minneapolis « n'a absolument plus rien à voir avec le meurtre de George Floyd », a estimé le gouverneur. Il s'agit selon lui « d'instiller la peur et de déstabiliser nos grandes villes ».
La police débordée et l'armée mobilisée
Pour reprendre le contrôle de la situation, il a annoncé la mobilisation générale des 13 000 soldats de la garde nationale de l'État, une première, et indiqué avoir demandé l'aide du ministère de la Défense. Des unités de la police militaire ont été mises en alerte pour pouvoir éventuellement intervenir à Minneapolis dans un délai de quatre heures, a précisé le Pentagone.
La police militaire américaine ne peut légalement intervenir sur le territoire américain qu'en cas d'insurrection. Vendredi soir, 2 500 policiers et soldats de la garde nationale et l'imposition d'un couvre-feu n'avaient pas empêché Minneapolis de s'embraser, avec de nombreux pillages et incendies volontaires. Mais face à eux, il y avait « des dizaines de milliers d'émeutiers », a souligné le responsable des forces de sécurité du Minnesota, John Harrington.
Les manifestants demandent justice après la mort de George Floyd, comme ici à La Nouvelle-Orléans.
Les manifestants demandent justice après la mort de George Floyd, comme ici à La Nouvelle-Orléans. REUTERS/Kathleen Flynn
« On a répliqué en tirant à travers les fenêtres du magasin »
Dans la journée, samedi, les habitants de Minneapolis, armés de balais et de pelles, ont tenté de donner une autre image de leur ville, nettoyant tous les débris laissés par les émeutes. Tandis que d’autres se préparaient à une nouvelle nuit difficile. Depuis vendredi, des centaines de commerces qui ont été pillés ou incendiés, la police est submergée. Alors certains habitants font comme ils peuvent pour se protéger eux-mêmes, comme Jack, perceuse à la main, qui pose des plaques en bois sur les vitres de sa librairie encore intacte espérant la protéger des émeutiers alors que dans sa rue presque tous les commerces ont été incendiés ou pillés, rapporte notre envoyé spécial à Minneapolis, Éric de Salve. « Les émeutes ont déjà détruit la moitié du quartier, explique-t-il. La pharmacie là-bas a été rasée par le feu, ce bâtiment qui était pourtant protégé a été pillé. Jusqu’ici, je l’ai échappé belle, tant mieux. Mais oui, c’est dingue. »

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